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Blanche et la dragonne

Les heures passèrent, lentement.

En cette fin d’après-midi, Blanche attendait, immobile. Un calme oppressant pesait sur le village.

Soudain, un hurlement terrifiant transperça le silence. La voilà ! Smaï venait de se poser. Le sol tremblait à chacun de ses pas.

La dragonne s’avança au milieu de la place, déploya ses larges ailes et se dressa au-dessus de la jeune femme. Sa tête balançait d’un côté et de l’autre, la gueule grande ouverte. Une patte avant raclait le sable furieusement.

– Où est l’enfant ? gronda-t-elle en soufflant de la fumée. Je veux mon dû !

Face à la bête, Blanche vacilla : la dragonne est gigantesque, monstrueuse.

« Je n’ai plus le choix, je ne peux plus reculer… » pensa-t-elle. Alors s’armant de courage, la jeune femme ramassa une grosse pierre à ses pieds et frappa avec vigueur sur le chaudron renversé. Le son fut assourdissant.

Aussitôt Smaï recula de quelques pas.

Blanche attrapa le miroir, interceptant le dernier rayon de soleil et le dirigea vers les yeux de l’immonde bête.

Le monstre aveuglé hurla de douleur et recula encore.

Blanche en profita pour mettre le feu aux chaumes qui s’embrasèrent instantanément. Il s’en dégagea une épaisse fumée âcre et irritante.

C'en était trop pour la dragonne.

– Mais pourquoi fais-tu ça ? toussa Smaï.

– Pour mon enfant… répondit calmement Blanche.

– Mais ils avaient tué le mien…

Blanche se redressa et planta son regard dans celui du monstre.

– Tu étais une mère, et tu as perdu ton enfant. Rien ne pourra le faire revenir. Je suis moi aussi une mère, et mon fils est mon seul enfant. Si tu me le prends, mon cœur se brisera comme le tien s’est brisé autrefois. Il m’est impossible de te le donner…

La jeune femme fit une pause avant d’ajouter :

– Cela fait longtemps que le malheur s’est abattu sur toi et ta famille. Plus d’un siècle, il paraît. Tu as eu largement le temps de te venger. Il serait peut-être temps que cela s’arrête, ne crois-tu pas ?

Smaï baissa son énorme tête au niveau du visage de Blanche et la contempla un long moment.

– Tu es très puissante, tes arguments sont justes. Et je respecte ton courage. Les hommes m’ont causé une immense douleur, et j’ai été très dure avec eux. Mais tu as raison, il est grand temps que cela cesse. Merci, petite femme, de m’avoir ouvert les yeux et le cœur.

La dragonne recula de quelques pas, et souffla un nuage de fumée qui enveloppa Blanche.

– Ceci te portera chance, petite femme…

Et dans un battement d’ailes, Smaï la dragonne s’envola dans le soleil couchant.

Un à un, timidement, les villageois sortirent alors de chez eux. Ils scrutent le ciel pour s’assurer que Smaï est bien partie. Tranquillisés, ils laissèrent éclater leur joie, entamant une folle sarabande à travers les rues. Les cloches de la ville se mettent à toute volée.

Certains osèrent même s’approcher de Blanche pour lui dire :

– On n’a jamais douté de toi…

Assise au milieu, Blanche était indifférente à la liesse générale. Elle pleurait en silence, berçant tendrement dans ses bras son fils qu’elle avait failli perdre !


Quant à Smaï la dragonne…

…elle tint parole. Elle ne revint plus réclamer un enfant premier-né aux villageois.


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